La vigne de Menilles

La vigne

« … que quelques géographes modernes viennent dire hardiment qu’ils ne croient point de vin en Normandie, si la preuve que j’en apporte ne les satisfait pas encore, je les renverrais à l’excellent vignoble de Menilles, Vaux, Hardencourt, Ecardenville … paroisses situées à trois petites lieues d’Evreux, et dont le vin, en certains cantons, peut aller de pair avec celui de Bourgogne « . Auteur anonyme – 1766

Les registres l’attestent … à Menilles autrefois, le métier le plus répandu était celui de vigneron. Cette vigne a traversé les époques depuis le XIIè siècle. La plupart des habitants en possédaient une parcelle de trois à quatre ares sur les coteaux les mieux exposés. Malgré un ensoleillement normand un peu faible pour ce genre de culture, le cru de Menilles est cité pour son excellence jusqu’au XIXè siècle.

Le recensement des terres fait apparaître en 1827 une plantation de vigne de 45ha dont 30ha de première classe. Les espèces cultivées sont le Meunier, le Néret et plus anciennement le Fourmental avec environ huit fois plus de raisins noirs que de raisins blancs. A cette époque, les mesures se font en pots, caques, barils, poinçons, queues et muids. Chaque queue vaux six barils et un baril soixante et un pots. Que ce passe t il ensuite ? En 1891, subsistent 7ha avec 17500 ceps. Si la récolte de cette même année n’est que de 14 hectolitres à l’hectare pour une valeur de 75 francs l’hectolitre, une année suivante ne produira que 4 hectolitres par hectare à 50 francs l’hectolitre.
St Vincent – église de Menilles / Photo – ELD

Cette culture était difficile mais conduite avec tous les égards. Les parcelles de la côte saint Vincent, patronyme du saint patron des vignerons, étaient entretenues depuis le sommet. Sur le plateau, du trou à terre rouge était tirée de l’argile utilisée dissoute comme amendement avec du fumier puis déposé au pied de chaque cep. La remontée du coteau se faisait avec la hotte emplie d’une pelletée de terre pour pallier au ravinement ou avec les pierres ramassées çà et là sur la pente. Au sommet de la côte, des tas de pierres en murgers en témoignent encore.

Plusieurs causes peuvent avoir provoqué la disparition de la vigne à Menilles mais aussi dans l’ensemble de la Normandie : Le climat avec des hivers rigoureux et un manque d’ensoleillement géographique ainsi que des impôts excessifs de 60 sols par pied. Mais peut-être et surtout l’apparition du philoxera en 1916 qui détruisit nombre de vignes et le développement des échanges commerciaux, n’incitant pas à replanter un vignoble dont la production devait, quoi que l’on en dise, être jugée de qualité inférieure aux vins importés d’autres régions.

Détail des fonts baptismaux

La culture de la vigne faisait partie de la vie de Menilles et de cette époque subsistent encore quelques éléments pour qui sait observer. L’église témoigne par la présence d’une statue de saint Vincent ainsi que celle d’un vitrail offert en 1866 par la famille Lempérière. Pour conserver le vin, toutes les maisons situées au pied de la colline possédaient (et ont encore) une excellente cave voûtée en pierre s’enfonçant sous terre. A l’occasion d’une promenade à flanc de côte, s’observent quelques vieux ceps redevenus sauvages.

Deux rues de Menilles portent encore un nom évocateur de son passé vinicole – la rue du Vin Bas, le chemin des Grandes Vignes.

Autre culture menillonne au XVIIè siècle – celle du safran dont le pistil de la fleur servait de base à une teinture jaune.